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Voyons nos vies comme des œuvres d'art !

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 11:43

 




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Titre :                                      Poésies choisies

Auteur :                                  Alfred de MUSSET

Éditeur :                                 Librairie Hatier

Collection :                             Les classiques pour tous.

Genre :                                   Recueil de poésies

Année de cette édition :         1933

ISBN :                                    inexistant 

 


Que voici un superbe voyage à bord de la poésie d’Alfred de Musset ! Nous traversons ses orages et tempêtes, ses dépressions et tourments, le cœur serré et l’œil humide de tant de douleurs si superbement peintes. Nous assistons à ses printemps, c'est-à-dire au retour de sa foi en des jours ensoleillés, à ses accalmies, le cœur léger et l’œil humide de tant de saveurs si délicieusement brossées.

Que dire de plus sur ce recueil qui n’offre qu’une petite parcelle de l’œuvre de l’auteur, sinon qu’il est un formidable appel à la beauté, à l’observation, pas seulement de son environnement externe, mais également interne. Observation et introspection, ne sont-ce pas là les bases fondamentales de la poésie. Avec quelle richesse le tout est-il dépeint sur la toile magnifiée de la poésie de Musset ! Quelle leçon ! dans la forme, dans le fond. La rime, le rythme, les accents sublimes, l’accélération tempétueuse de la colère et de la souffrance, alternée à la quiétude apaisée des blessures venant à se refermer. Quel envol dans les hauteurs de l’âme humaine ! Quelle plume ! Quel don ! Quelle muse !

Un artiste dont le sang et les larmes irriguèrent la plume, dont le soleil d’une haute spiritualité alliée à un si haut talent, inonda de sa lumière les pages de son œuvre ; plages désertes sur laquelle vint se poser sa poésie.

Prodigieux et tellement bon !

Si l’humanité est capable de posséder en son sein, des êtres à l’image d’Alfred de Musset, alors ma fois, cette humanité échappera-t-elle peut-être à l’abîme.

 


 

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous, l'un de ses poèmes se trouvant dans ce livre :

 

Ballade à la lune

C'était, dans la nuit brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil ?

Es-tu l'oeil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?

N'es-tu rien qu'une boule,
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?

Es-tu, je t'en soupçonne,
Le vieux cadran de fer
Qui sonne
L'heure aux damnés d'enfer ?

Sur ton front qui voyage.
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité ?

Est-ce un ver qui te ronge
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci ?

Qui t'avait éborgnée,
L'autre nuit ? T'étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu ?

Car tu vins, pâle et morne
Coller sur mes carreaux
Ta corne
À travers les barreaux.

Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phébé
La blonde
Dans la mer est tombé.

Tu n'en es que la face
Et déjà, tout ridé,
S'efface
Ton front dépossédé.

Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal !

Oh ! sous le vert platane
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers !

Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L'écoute,
L'écoute s'approcher.

Et, suivant leurs curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prées,
Ses chiens s'en sont allés.

Oh ! le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d'Apollo,
Surprise
A l'ombre, un pied dans l'eau !

Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d'un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.

Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L'histoire
T'embellira toujours.

Et toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.

T'aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre
Ses dogues aboieront.

T'aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte,
Sous le clair firmament !

Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant sa chanson.

Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L'océan montueux.

Et qu'il vente ou qu'il neige
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m'asseoir ?

Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.

Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,

Le pied dans sa pantoufle,
Voilà l'époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.

Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid,

Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame,
Qui commence à crier.

" Ouf ! dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien. "

Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L'empêche
De commettre un péché ?

" Ah ! dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ces deux grands yeux ? "

Et c'est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.

 

 




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commentaires

A

Merci du partage !
Répondre
J


Merci de votre visite sur Art et Littérature. 


Bien à vous.