La Littérature. (Poésies, haïkus, nouvelles, essais et romans.) Graphisme et musique. Culture.
Titre : L’étranger
Auteur : Albert Camus
Genre : Roman
Édition : Gallimard
Collection : Folio
Année : 1942
Année cette édition : 1972
ISBN : Inexistant
L’intrigue :
Meursault doit enterrer sa mère qui finit ses jours dans l’hospice de Marengo, à 20 Km d’Alger. Il ne peut regarder sa dépouille. Il arrête dans son élan, le concierge qui s’apprête à dévisser le couvercle du cercueil. Là, dans la même pièce où gît sa mère, il lie connaissance avec cet homme qui a l’âge de certains pensionnaires. Il lui offre même une cigarette. Plus tard, il se réchauffe en cette fin de journée funèbre, en buvant un café préparé par le vieux concierge. Puis entrent dans la pièce, les amis de sa mère. Meursault ressent la ridicule impression, qu’ils sont là pour le juger…
Mon avis :
Nous sommes là, avec un homme qui glisse dans l’existence comme une goutte d’eau sur une vitre. Il ne se meut guère, il se
laisse mouvoir, comme la goutte se laisse choir. Elle laisse alors une trace gracile sur la vitre ; il laisse une trace indélébile sur sa vie. Cet homme qui, sans être dépourvu
d’intelligence, semble demeurer toutefois l’esprit en veille, répond davantage à ses instincts qu’à une réflexion sur ce qui l'entoure, une analyse des éventuelles situations à traverser, aussi
succincte cette analyse puisse-t-elle être. Ce type d'individu se montre sous un jour le faisant paraître comme appartenant à l’ordre des mollusques, lorsque son environnement demeure calme et
sans évènement extraordinaire. Mais s’il s’avère que cet environnement qui est le sien, se décline sous des aspects moins favorables, avec peu ou prou d’évènements imprévus et violents, alors ce
type d'individu peut sembler appartenir à l’ordre des chacals.
Albert Camus nous entraine dans ce récit captivant, aux côtés de ce bien étrange personnage aux accents patibulaires, qu’est Meursault. L’auteur déroule l’histoire en adaptant son mode d’écriture à la psychologie apparemment simpliste du personnage central, via des phrases courtes, simples, parfois à la résonnance puérile. Puis le récit monte en puissance ; Meursault, confronté à des situations abracadabrantes et accablantes, en arrive finalement, à se poser quelques questions d’ordres existentielles et philosophiques, à utiliser son cortex davantage que son reptilien. La plume d’Albert Camus prend alors, crescendo, toute sa mesure et ce, jusqu’à l’apothéose du dénouement final.
La séquence du tribunal est une perle du genre…
L’auteur signait ici, un livre puissant et risqué, car quelques-uns en ont peut-être, avant la renommée que le roman connaît aujourd’hui, abandonné sa lecture, pensant avoir affaire à une sotte histoire, sans relief ni intérêt, délivrée par une plume quelque peu infantile. Quelle erreur ! Car qui se laisse agripper par ce récit, se voit mener dans un vortex étourdissant, où l’on ne peut soupçonner ce que l’on y découvre, où l’auteur nous mène, mine de rien, de la façon la plus maitrisée et affûtée, là où il le veut exactement. Quelle spirale ! Celle du génie littéraire !
Un livre à déguster sans modération, pour toutes les qualités précitées, et pour les réflexions qu’il suscite chez le lecteur.
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