La Littérature. (Poésies, haïkus, nouvelles, essais et romans.) Graphisme et musique. Culture.
Titre : La maison des Glycines.
Auteur : Emile DESPAX.
Recueil de poésies.
Année : 1905
ISBN: Inexistant.
Emile Despax était un exceptionnel talent. Sa poésie se voulait profonde et brillante ; brillante car d’une musicalité époustouflante ; profonde car poétique jusque dans la moelle des mots. Il se jouait de la métaphore avec virtuosité.
La maison des glycines est un chef d’œuvre du genre. Dans un style épistolaire et contemplatif, Emile Despax déchiffre et décrypte le monde qui l’entoure. Il s’adresse à ses lecteurs ainsi qu'aux siens, en dédicaces et magnifiques odes.
Comme il est évident qu’il vous sera très difficile de vous procurer un exemplaire du livre (que j’ai moi-même obtenu car j’ai l’honneur d’être l’ami de son arrière-petit-fils) je n’ai pu résister à l’envie de vous en copier deux extraits. Le choix fut dur tant ce recueil détient de merveilles.
Le Parc.
Jeune fille du soir, cette heure s’est posée
Comme un oiseau léger sur le bord de ce toit.
L’Heure du souvenir marche dans la rosée,
S’approche et, je le sens, veut me parler de toi.
Avec tes bras croisés sur ton cœur sans défense,
Avec, surtout, cette détresse dans la voix,
Dans le parc où mourut, près de moi, ton enfance,
Jeune fille du soir, c’est toi. Je te revois.
La nuit venait ; la nuit glissait jusqu’en nous-mêmes ;
Le vent tombait, trop lourd du parfum des jasmins ;
Un rayon éclairait tes mains, tes pauvres mains
Et, très loin, dans ton cœur, chantait tout ce qui m’aime.
Le banc de pierre était si blanc sous les lilas
Qu’on eût dit un grand lit jeté sur une tombe.
J’écoutais dans ta voix, mourir une colombe.
Et ma voix était seule, hélas ! hors de mon cœur parla.
Et maintenant, demain, je le sais, une femme
Va passer et j’entends déjà qu’elle me dit :
Mon ami, mon ami, je vous donnai mon âme
Sans bien voir, sans savoir, une fois, dans la nuit.
Et mon cœur, et mon cœur, ne sachant que lui dire,
Répond : Que m’avez-vous donné, vous qui souffrez ?
Il ne faut pas pleurer. Ne pouvez-vous sourire ?
Le rossignol des nuits enchante la forêt.
Elle ne répond pas. Et je sens dans mon rêve
S’épaissir et grandir au fond d’un soir tombant,
L’ombre d’un parc immense où la lune se lève,
Au bout d’un cyprès droit sur la pierre d’un banc.
© Emile DESPAX.
Le fiancé
Ah ! ma fille, viens donc, viens donc.
Est-ce le bruit de son bâton ?
Viens regarder qui va passer.
N’attends-tu pas ton fiancé ?
— Ah ! ma mère, j’ai mal au pied.
— C’est un boiteux sur le sentier.
Ah ! ma fille n’entends-tu pas ?
Quelqu’un qui siffle, vient, là-bas,
Tourne la clé. Qui va passer ?
— Ah ! ma mère, mon bras a mal.
— C’est un manchot près du canal.
Ah ! m fille, si c’était lui ?
Lève la barre et pousse l’huis.
Quel est ce chant ? Qui va passer ?
N’entends-tu pas ton fiancé ?
— Ah ! ma mère, je n’y vois rien.
— C’est un aveugle avec son chien.
— Ah ! ma mère, voici le soir
En velours bleu, en velours noir.
A la source je vais puiser…
Mère, as-tu reçu ce baiser ?
— Ma fille, c’est le vent d’été.
— Non, c’est lui. Mon cœur a sauté.
© Emile DESPAX.
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