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Voyons nos vies comme des œuvres d'art !

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26 juillet 2011 2 26 /07 /juillet /2011 10:19

 




 

Art et Littérature bannière

 




 

 

Titre :                                  Les Lettres de mon moulin

Auteur :                             Alphonse DAUDET

Année de création :        1869

Éditeur :                            Hachette

Collection :                        Classiques illustrés

Année d’édition :            1972

ISBN :                                 Inexistant

 

 


 

Recueil de diverses lettres fictives adressées à un public parisien, à dessein de lui présenter les charmes pittoresques de la Provence sous le second empire, entre minoteries, magnaneries, oliveraies et vignobles, le tout balayé de vents, chauffé à blanc par un soleil généreux et bercé par le chant parfois strident des cigales.

 


 

 

Installation.

 

Voici venu le temps des vignes et des champs…

L’auteur nous invite dans son moulin dont il prend possession. Ce moulin fut à l’abandon depuis 20 années. Il y découvre de bien sympathiques habitants. Il ne les regarde pas comme des intrus. Au contraire, il les perçoit plutôt comme étant des colocataires. Il estime que c’est à lui de se faire accepter par les lapins qui gambadent gaiement dans la cour, par le hibou qui hulule, placide, au premier étage. Alphonse Daudet s’imprègne et s’émerveille à l’observation attentive de la vie pastorale des bergers, qui se déroule, sereine, tel le ruisseau qui coule sans heurt le long de son lit, chauffé sur l’adret.

 


 

 

Le secret de maître Cornille.

 

Lors d’une douce veillée au moulin, Francet Mamaï, vieux joueur de fifre, raconte l’histoire légendaire de maître Cornille. Il raconte les grosses minoteries à vapeur qui tuaient les petits moulins à vent. Il raconte les sacs de maître Cornille, remplis de plâtras, qui remplacèrent les sacs de bon froment ; l’honneur que coûte que coûte, ce meunier voulait sauvegarder. Il raconte la solidarité qui, une fois n’est pas coutume, vint à vaincre le mercantilisme. Il raconte le retour à l’authenticité.

 
 


 

 

La chèvre de monsieur Seguin.

 

Gringoire est un poète épris de liberté, à ce point qu’il en refusa un poste important. Le narrateur lui relate alors l’histoire d’une petite chèvre qui n’avait qu’un défaut, elle se laissait aveugler par son intempestif désir de liberté. Il s’agit de l’histoire de la chèvre de monsieur Seguin.

À trop focaliser sur la liberté qui n’est pas nôtre, nous risquons de ne point percevoir celle que nous possédons déjà… et ainsi, à jamais la perdre.

"La cabro de moussu Seguin, que se battègue touto la neui emé lou loup, e piei lou matin, lou loup la mangé."

 

 


 

 

Les étoiles.

 

Seul à l’estive, avec ses ouailles, le jeune berger songe à sa jeune maîtresse, si belle, si intouchable. Il songe à elle et à l’émoi qu’elle suscite en lui, en attendant le ravitaillement. Quelle n’est pas sa surprise, à la venue de l’approvisionnement ! Exceptionnellement, la jolie demoiselle de ses songes, mène elle-même, mules et subsides, à l’estive. Elle visite avec curiosité son petit domaine montagnard. La nuit à venir et son lot d’imprévus, seront bien douce poésie pour notre jeune berger. Jamais il n’approchera de si près, les étoiles…

 

 


 

 

La mule du pape.

 

Il est des dictons qui ont pour naissance, de bien drôles histoires, de bien rieuses légendes. Ainsi en va du dicton :

"Cet homme là ! Méfiez-vous ! Il est comme la mule du pape, qui garde sept ans son coup de pied."

Tistet Védène, ce jeune vaurien, pourrait en témoigner, s’il était encore là. Pour s’attirer les faveurs du pape, il singea d’en adorer sa mule ; laquelle mule papale, était chérie de son maître. Or, ce fripon de Tistet préférait se moquer de la mule, plutôt que de la réellement bien choyer. Il arriva un jour où la plaisanterie fut si mauvaise, que la mule ayant pourtant si bon caractère, en vint à lui tenir grande rancune. Dut-elle patienter pour souffleter le freluquet, sept longues années…

 


 

 

Le phare des sanguinaires.

 

À l’aube d’une journée succédant à une nuitée de forts vents, l’auteur se remémore son séjour en Corse, au phare des Sanguinaires, un endroit où les vents aiment à se déchaîner.

Il se revoit à rêvasser sur les rocs en contrebas, à observer la nature sauvage, à tout oublier jusqu’à s’en oublier lui-même tant il se sentait épouser cette nature. Il songe à ses trois compagnons, gardiens du phare. Il revit un instant, leurs soirées, leurs dîners, leurs veillées. Il aimait à accompagner le gardien de quart, qui montait à la lentille pour quatre heures, muni de son "gros Plutarque."

Reviennent à lui, des anecdotes humides et salées, venant souffler, embruns maritimes, sur sa mémoire active.

 


 

 

L’agonie de la Sémillante.

 

Alors que l’auteur voguait non loin des côtes de Bonofacio, le capitaine, "le patron Lionetti", lui raconta l’histoire de la Sémillante, frégate en partance pour la Crimée. La Sémillante s’échoua avec plus de six cents hommes à son bord, sur ce même rivage qu’ils étaient en train de longer ce soir ; sur ce même rivage où ils vinrent se réfugier d’une tempête menaçante.

Le hasard voulut que parmi l’équipage de la Sémillante, se trouvaient vingt matelots qui trois semaines auparavant, avaient fait naufrage avec leur corvette, sur ces mêmes récifs. C’était déjà le patron Lionetti en personne, qui les sauva. Tout ceci pour que ce même brave Lionetti, les retrouva parmi les martyrs de la Sémillante.

La Sémillante porta bien mal son nom, il aurait été plus juste qu’elle s’appelât, l’Infortune.

Rien ne peut couper plus net une vie, que les lames déchaînées d’une mer de tempête.

 


 

 

Les douaniers.

 

L’Émilie était un vieux bateau de la douane sur lequel croisa l’auteur. Sur ce bateau, le rouf des matelots était ouvert à tous les grains. Il arrivait souvent qu’un marin y laissât sa santé. Il  en alla ainsi du bon Palambo qui un jour sombre, plia genoux. Il fut pris d’une violente fièvre, due à une "pountoura", une pleurésie.

L’équipage dut débarquer au poste de douane le plus proche. Ce fut une bâtisse sans âme, à peine moins froide et humide que l’Émilie. Palambo fut choyé par ses camarades, qui résignés, assistaient impuissants à son agonie. Devant la fatalité qui les décimait, point de révolte ni de plainte chez les matelots, seulement de longs et gros soupirs.

"Voyez-vous monsieur… on a quelquefois beaucoup du tourment dans notre métier !"

 


 

 

Le curé de Cucugnan.

 

À la lecture du recueil annuel de poésie provençale, auquel était abonné l’auteur, il y découvrit un adorable fabliau. Ce texte relatait l’histoire de l’abbé Martin, curé de Cucugnan.

Lui qui se lamentait de n’avoir en paroisse, qu’impies et autres brebis égarées, eut l’idée d’un sermon des plus originaux. Ce fut alors que bien haut perché dans sa chaire, il révéla son extraordinaire voyage au paradis, en purgatoire et aux enfers, à la recherche des ses âmes défuntes et perdues cucugnanaises. Ce bon vieil abbé Martin, ne trouva d’autre argument, pour ramener ses ouailles à bonne église, que de les persuader de la présence des âmes de leurs défunts, ayant observé le même rythme religieux qu’eux, brûlant dans les flammes des enfers, pour l’éternité...

 


 

 

Les vieux.

 

Alors que le narrateur entamait sa journée avec la suave idée de lézarder au soleil, blotti dans son cagnard, à s’abreuver de lumière et de mistral, il dut se rendre à Eyguières. Son ami Maurice lui fit la demande épistolaire, de visiter ses grands-parents, de les embrasser pour lui. Lors de cette impromptue visite venant à contrarier ses plans, le narrateur découvre avec heur, l’allégresse éprouvée par ces vieux, si enchantés que l’on vînt les saluer. Il passa un bien agréable moment et fut reçu de la façon la plus charmante.

 


 

 

La mort du Dauphin.

 

La cour est en émoi, le jeune Dauphin se meurt. Les médecins officient et le couple royal pleure. Les chambellans et les majordomes s’enquièrent des dernières nouvelles à venir. Des messieurs conversent doucement, se donnant l’air grave ; le Dauphin va mourir.

L’enfant seul, semble ne pas mesurer l’importance et la gravité de la situation. L’abbé lui tient de longs discours, en chuchotements destinés à le préparer pour son voyage vers le paradis. L’enfant trouve refuge dans l’idée que Dieu lui octroiera indubitablement les honneurs dus à son rang de Dauphin. Seulement voilà, l’abbé se penche de nouveau à son oreille et le propos tenu ne sied point au jeune mourant qui s’en retourne de sur sa couche, plein de dépit et de colère. Il pleure en apprenant une bien triste réalité :

"Tous les hommes demeurent égaux devant la mort."

 


 

 

Le poète mistral.

 

Un jour de temps chagrin, où le ciel se drapa à ce point de nues grisâtres que l’auteur eut pu se croire rue du Faubourg-Montmartre, il décida de ne pas passer cette journée maussade, seul dans son moulin. Il poussa donc le pas jusqu’à Maillane, rendre visite à son ami poète, Frédéric Mistral.

L’homme de mots travaillait depuis plusieurs années sur un poème écrit en provençal, titré : "Calendal".

L’auteur s’en délecta. Il percevait alors son ami comme étant un bâtisseur. Certains trouvent des ruines et en font avec brio, renaître le château qu’elles furent d’antan. D’autres comme le poète Mistral, restaurent de vieilles langues avec grand art, en les utilisant, en les faisant vivre et perdurer par delà les âges.

 


 

 

Les trois messes basses.

 

Au début du dix-septième siècle, lors des fêtes de noël, le révérend Dom Balaguère et son clerc Garrigou, s’apprêtent à donner les trois messes basses de minuit. Cependant, précisément juste avant de commencer l’office, ils évoquent avec grande gourmandise les mets fabuleux peaufinés en cuisine, par les marmitons, pour le grandiose réveillon qui aura lieu au château de Trinquelage. Dom Balaguère y est justement invité.

 Lors de ses messes, le misérable révérend se concentre bien mal sur son office, tant son esprit se trouve déjà aux gargantuesques agapes, aux pantagruéliques bombances d’après messes. Plus il avance dans ses messes, plus il s’égare.

Tant l’abbé pensa dévorer au réveillon, que le réveillon le dévora…

 


 

 

Les sauterelles.

 

En Algérie, dans une ferme du Sahel, l’auteur vécu une expérience singulière. Alors qu’il écoulait ses journées, accablé de chaleur épuisante, vint à poindre un énorme nuage roux, obstruant l’horizon, prenant de plus en plus de place dans le ciel qui semblait prendre la fuite. Quand le nuage fut arrivé sur le village, ce fut la cohue, le brans le bas de combat. Tout le monde, pourtant si apathique avant la survenue de cet évènement, devint soudainement électrique. Il s’agissait alors d’un nuage de sauterelles. Le combat qui s’en suivi, fut violent et se traduisit par une destruction massive de l’envahisseur, dans de multiples craquements d’élytres, comme de la paille broyée, brisée. Quand le nuage de sauterelle fut passé, quand la bataille fut terminée, il ne resta que désolation. Le luxuriant jardin fut subitement vidé de sa substance, de son essence ; toutes les feuilles de quelque végétal que ce fut, ayant été goulûment et rondement grignotée. Il ne resta que de vagues squelettes d’arbres et d’arbustes, dépouillés de toute marque chlorophyllienne.

Une nuée de sauterelles vaut bien à elle seule, dix violents orages de grêle…

 


 

 

L’élixir du Révérend Père Gaucher.

 

Dans l’abbaye de Graveson, le narrateur se vit servir un verre de liqueur verte. Elle fut bien gouleyante et réchauffa à merveille ses entrailles. Le Prieur de Graveson profita de cet instant convivial, pour lui conter la naissance de cet élixir.

Alors que l’abbaye se trouvait décidément sans le sou et qu’ainsi elle tombait en décrépitude, à ce point que les moines et leur prieur, en ressentait une gêne voire une honte, vis-à-vis de leurs paroissiens, vint au Frère Gaucher, bouvier du monastère, l’idée de reproduire la recette de l’élixir, lui venant tout droit de sa vieille tante Bégon. Le chapitre accueillit avec enthousiasme cette proposition et vota pour ; l’argentier plutôt deux fois qu’une. En moins de six mois, l’élixir du Frère Gaucher devint célèbre et se vendit comme des petits pains bénis. Les finances du cloître remontèrent en flèche et ce dernier reçut des soins qui lui rendirent sa jeunesse d’antan. Frère Gaucher se vit promu "Révérend Père Gaucher."

Seulement voilà, pour obtenir bonne liqueur, il faut se parer d’un bon goûteur. Or, le Père Gaucher ne se fiait qu’à ses papilles, pour parfaire l’élixir. Le démon tentateur ne tarda pas à le chatouiller…

 


 

En Camargue.

 

L’auteur nous conte son séjour en Camargue, où il s’exerça à la cynégétique. Mais plutôt que de s’appliquer à bien chasser, il prit son parti de jouir de la nature sauvage, parfois quelque peu hostile et saumâtre, toujours sublime. Il y découvrit une faune et une flore abondante, surprenante et enivrante. Il y apprécia son habitat, ses habitants ; entre autre la rusticité déconcertante des gardes-chasses. Il y savoura sa culture et ses traditions. Il se disputa avec les moustiques…

Alors, il lui arrivait souvent de se réfugier dans "l’espère" (observatoire pour chasseurs), et d’y admirer cette Camargue qui l’interpellait par tous ses sens.

Camargue de lumière à fleur d’onde ; Camargue de" manados" (troupeaux) de chevaux, de vaches ou de bœufs, où se plaisent tant, hallebrands, butors et flamands roses ; Camargue de tamaris, de centaurées, de gentianes et de saladelles (statice maritime) ; Camargue du soleil de plomb, des bombances et des ferrades ; et enfin Camargue des étendues vierges et du Vaccarès, vivier étincelant.

 


 

Les Lettres de mon moulin

 


 

 

Mon avis :

 

Alphonse Daudet fut adepte de la solitude introspective depuis son plus jeune âge. Il fut un amoureux de la nature et aimait à la contempler. Ces deux raisons, l’amenèrent à se nicher dans ce moulin qui semblait l’attendre. Alphonse Daudet fut également attiré par la poésie de ce bâtiment, par son évidente détresse due à ces vingt années d’abandon.

Il se trouva alors, qu’en sus des plaisirs contemplatifs qu’il tira de ce moulin, celui-ci lui offrit également un présent des plus appréciables. De par ses craquements, les plaintes de son arbre de rotation, de ses agrès, de par le vent soufflant dans ses vieilles ailes usées, comme il eut soufflé sur quelques voilures élimées, il réveilla en l’auteur, ses souvenirs de marins.

Il en résulte une série de textes touchants, vivants et vivifiants, où la poésie demeure toujours, telle la fleur de sel sur le marais salant.

Ces "Lettres de mon moulin" sont un délice littéraire ; un délice de parfums, de sensations et d’émotions, de lumières et de paysages ; un délice de vie.

 

 




 

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commentaires

M


Un de mes livres préférés! Il a enchanté mon enfance... Il y a juste qu'il faut un peu rétablir la vérite et compenser une grande injustice: Ce n'est pas Alphonse Daudet qui a écrit La chèvre de
monsieur Seguin! Cette nouvelle, ainsi que quelques autres, a été piquée à son ami Paul Arène, avec qui il était pion...



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F


Merci pour cette précision qui a pour autre intérêt de mettre en lumière Paul Arène.


Bien  à vous.