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Voyons nos vies comme des œuvres d'art !

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 14:39

 




Art et Littérature bannière




 

 

 

Titre :                                      Les fleurs du Mal

Auteur :                                  Charles Baudelaire

Genre :                                   Recueil de poésies

Édition :                                 Bookking Internationnal, Paris

Collection :                             Classiques français

Année de parution :               1857

Année de cette édition :         1993

ISBN :                                      287714125X

 


 

  Mon avis :

 

 

Si le profane voit en la poésie "Bisounours land", avec arcs-en-ciel, jolis pleurs à la rosée de larmes, jeunes filles en fleurs en chapelets de charme, hirondelles virevoltantes et insouciantes, Charles Baudelaire vient nous rappeler la véritable mission, l’authentique puissance, l’antique énergie du poète. Poésie ne rime pas seulement avec Beauté de la vie, avec Tragédie ; poésie rime aussi bien avec néant infini, avec gravats et vieux débris, avec horreur et ignominie, avec luxure, chairs et ris. Pourquoi ? Parce que Poésie doit rimer avec Vie !

La poésie, à l’instar de toute prose, se doit de véhiculer une idée, une image, plus ou moins prégnante, l’important demeurant en sa cohérence. Si le message n’est que vacuité, elle peut bien être ornée, parsemantée d’autant de jolies rimes que possible, la poésie en question ne sera que vide sidéral.

En revanche, toute idée peut être non seulement exprimée, mais absolument exacerbée par le mot bien trouvé, bien choisi, bien placé. La beauté peut alors être dénichée par-delà le glauque, le noir, le froid et le sinistre. Le seul fait de savoir, de pouvoir précipiter une image, un univers, sur la surface sensible de l’imaginaire du lecteur, est déjà en soi, une beauté ; la beauté de l’exploit, de l’objectif atteint.

Les bien-pensants d’alors, contemporains de l’auteur, ceux que l’on nommerait aujourd’hui, les "politiquement corrects", disaient de monsieur Baudelaire qu’il fut bien sinistre et vil poète ! Ceux-là ne virent dans "Les fleurs du Mal", qu’un amas d’obscénités ! Le niais ne se complaisant que dans la niaiserie… On ne peut attendre d’un esprit superficiel, quelque profondeur. Comme l’exprimait Charles Baudelaire lui-même, ou bien on saisit la poésie, la prose, par extension, la littérature, ou bien on n’y saisira jamais rien ; il y aura beau y avoir des ouvrages entiers, consacrés à l’explication de textes, rien n’y pourra changer. L’esprit fermé ne peut recevoir quelque lumière, pas même hélas, la plus infime.

L’auteur, dans cet ouvrage dont le titre est une formidable synthèse, extirpe de toute douleur, voire même de l’horreur, la quintessence existentielle, la profondeur de l’idée et de l’image suscitée et suggérée. La vie n’est que contrastes, contraires, complémentarités et antagonismes ; dans chaque ombre réside un peu de clarté ; dans chaque halo persiste une tache ; ainsi est la vie. La poésie se doit d’être le reflet de la vie ; son reflet sublimé, magnifié soit ! mais son reflet. À ceux qui me diraient :

« Et bien ! La poésie ne devrait-elle pas plutôt véhiculer le rêve, l’onirisme ? »

À cela je répondrais que bien sûr ! Mais le rêve ne peut-il pas parfois être cauchemar ? L’onirisme ne fait-il pas parti de l’existence, au même titre que la joie, la tristesse, le bonheur, le drame, les unions, les déchirures ? Pourrions-nous seulement vivre sans rêver ? L’onirisme est inhérent à l’existence comme les différents autres aspects précités. Il a donc le droit de cité, au même titre que les autres données ; ni plus ni moins.

On disait de Charles Baudelaire qu’il fut subversif, car il n’hésitait pas à décrire la noirceur, la douleur de l’existence. Ces notions ne sont-elles pas subversives ? Ne sont-elles pas les malvenues dans une existence que tout un chacun désire sereine. Ne sont-elles pas cependant indispensables, car étant l’étalon nous permettant de mesurer tout heur, tout plaisir, à l’aune de ce que peut-être toute affliction ?

Qui traverse la vie sans écueil majeur, sans éveil et intérêt tangible pour son environnement direct comme plus vaste ; qui n’a pas connu de cassure ne peut ressentir en son âme quelque fêlure ; qui n’a pas en son histoire, de vils instants d’intenses déchirures ; qui n’a jamais eu à subir de lourdes cataractes de larmes, à pourfendre le cœur, ne peut accrocher aux choses profondes et intenses de l’existence, qu’elles soient sources de douleurs comme sources de réelles joies ; qui ne s’arrête qu’à la lisse superficialité du paraître, ne peut entendre quoi que ce soit à l’art. Comment tel critique pourrait-il alors, saisir la plume de Charles Baudelaire, à qui je trouve des points communs avec la brosse de Vincent Van Gogh. L’un sculptait l’image au couteau de sa détresse, toiles magnifiquement torturées, désespérément superbes, l’autre taillait à la machette de sa calame clairvoyante, à la plume de son désespoir, des métaphores rythmées, les réalités rêvées, les allégories réelles, rimées et prégnantes, donnant naissance à des textes incisifs, puissants et déstabilisants, surprenants et désarmants.

M’est avis et cela n’engage que moi, que Charles Baudelaire avait une sainte répulsion pour ces aseptisés, formatés et étriqués du ressenti que sont les "Bien-pensants" de toujours. M’est avis qu’au-delà d’une conviction profonde quant à la laideur et à la bêtise qui colle à l’humanité, que l’auteur s’amusait à irriter cette coterie qui n’a de puissance que le nombre gonflant ses troupes, et que l’on entend le plus car cela est bien connu, ce sont souvent ceux qui ont le moins à exprimer qui ouvre la bouche le plus en grand. M’est avis qu’il devait en rire sous cape, qu’il doit en rire encore. Que Charles Baudelaire se rassure, s’il se sentit décalé, inadapté en son siècle, il ne se serait pas davantage perçu à son aise aujourd’hui. Certainement se serait-il vu de nouveau en marge d’une société peut être encore plus affligeante que celle qu’il connut, mais je m’arrête là, je sens que je deviens subversif…

 

Voici une œuvre qu’il faut savoir lire, chercher et déchiffrer. Elle est un fruit qui n’offre ses arômes qu’aux palais répondant à une certaine subtilité. Elle se décrypte comme une peinture de maître. Il faut y venir, s’en éloigner, y revenir, passer à autre chose, puis y penser de nouveau, s’y intéresser un tant soit peu en somme ; et alors… Fiat lux !

 

 


 

Les fleurs du Mal

 


 

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commentaires

O

pas mal cet article
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F


Merci de votre passage sur Art et Littérature.


Bien à vous.



L

Je commence dans une semaine une séquence poésie avec mes lycéens que je prépare au bac et j'ai choisi Les Fleurs du mal évidemment. Votre article me rappelle la complexité de cette oeuvre et la
difficulté à y entrer si l'on ne prend pas le temps et l'énergie. J'espère parvenir à leur faire aimer. 


Merci pour votre passage sur le réservoir et votre gentil commentaire. 


Bien à vous. 
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F


Sensibiliser notre jeunesse à la poésie est une action des plus importantes. Si vos élèves parviennent à saisir que la poésie n'est pas qu'un enchevêtrement compliqué de phrases ennuyeuses, mais
bien au contraire, un formidable outil pour exacerber la pensée et les idées, alors, déjà, un grand pas sera franchi.


Merci à vous pour votre passage sur Art et Littérature et bravo pour votre action.



D

Excellent et talentueux avis que tu nous offre là p'tit frère et qui se marie parfaitement avec le génie de Baudelaire. J'en profite pour te souhaiter une excellent année 2012 et te faire plein
de bisous!
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F


Merci ma Tite Soeur de coeur ! Plein de merveilleuses choses pour toi, de la part du destin, plein de bisous de ma part !!!!!



J

C'est pour le coup que le fleurs du mal, ce n'est ni niais, ni bisounours, c'est tout ce que j'aime sulfureux !...
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F


Un peu de soufre parfois, pimente et alimente à bon escient.


Bien à vous.



M

Je pense pouvoir dire sans problème que sont mes poèmes préférés!!! Proust disait quelque chose de sympa à ce sujet (mais je cite de mémoire, donc approximativement): "A côté des Fleurs du mal,
comme toute l'oeuvre de Victor Hugo semble vaine, molle, sans relief... On pourrait aussi dire qu'il est difficile d'écrire des vers après Baudelaire, du moins, il est impossible de supporter la
comparaison... C'est une oeuvre unique et incomparable!
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F


Le génie de Baudelaire est difficilement contestable effectivement. Cependant, minimiser des œuvres comme celles d'Hugo, en comparaisons stériles à l'intérêt douteux, cela représente une démarche
qui me laisse perplexe. Proust lui aussi avait par ma foi, le droit à ses dérapages…


Bien à vous.